On l'avait quelque peu perdu de vue ces dernières années mais avec le trentenaire de son meilleur livre et un nouveau recueil de nouvelles, Stephen King n'a jamais été aussi incontournable dans la presse anglo-saxonne. A se demander si le climat apocalyptique qui règne aujourd'hui sur fond de débâcle financière, terrorisme, crise alimentaire et énergétique ne lui serait pas favorable. Une certitude: le roi King, certes vieillissant, revient, tel l'oiseau de mauvaise augure, à la faveur de la crise.
Nostradamus mystique
Dans Just after sunset, ses dernières nouvelles encore inédites en France, l'écrivain est devenu si ce n'est mystique, du moins obsédé par l'idée d'un Dieu cruel qui se joue sans cess de l'homme. Presque réactionnaire, King déclare que si les mythes et paraboles émaillant les religions du Livre suggèrent un difficile cheminement moral, ils sont toujours préférables au dieu de la technologie, de la micro-puce, du téléphone portable. Et l'écrivain de proposer treize nouvelles impitoyables, fables ammorales où ceux qui ont survecu au attentats du 11 septembre sont rongés de culpabilité, où coupables et innocents sont autant punis et où même les morts ne trouvent aucun salut.
Pile 30 ans après sa publication, son oeuvre la plus conséquente, Le Fléau lui donne des airs inquiétants de Nostradamus. Un virus qui s'échappe des labos de l'armée décime quasiment l'humanité entière et l'Amérique est renvoyée à la sauvagerie à travers des petits groupes de survivants. Un groupe suit la voie du Bien incarnée par une vieille femme, l'autre celle du Mal, sous les traits d'un noir mystérieux.
Si aujourd'hui la voie du bien et de l'espoir est incarné par un jeun afro-américain, le bio-térrorisme et le retour en force du religieux sont des thèmes plus que jamais d'actualité. King évoque dans une interview pour Salon.com, avoir été inspiré par l'oeuvre de Tolkien, où les références bibliques sont omniprésentes sans être nommées. Il parle de “dark christianity” autour du thème de l'antéchrist, du diable et de la fin du monde qui hantent l'ensemble de son oeuvre.
Sublimation de la violence
Les romans de Stephen King - que certains qualifieraient, si ce n'est de gare, du moins de populaires - ne donnaient lieu, ces derniers temps, qu'à de mauvaises et ignorées adaptations ciné( le lamentable Fenêtre secrète avec Johnny Depp en 2003) après avoir donné des chef-d'oeuvres de genre, Carrie de Brian de Palma, Misery de Rob Reiner mais surtout le cultissime Shining de Stanley Kubrick. Mais à y regarder de plus près, papy King ne serait-il pas devenu une figure incontournable de la littérature “pop” contemporaine? N'existe-til pas aujourd'hui une génération “King” bercée à l'horreur et à la violence frisant à l'absurde de ses romans sur ce que l'homme a intrinsèquement de plus sombre, de plus sadique?
1999, Stephen King est fauché par une voiture. A sa sortie de l'hôpital, il achète le pick-up qui l'a renversé. Pour le détruire de ses propres mains, cette réminiscence de Christine. C'est cet épisode qui a conduit le performeur français Christophe Fiat à lui consacrer un essai, Stephen King forever. Où il est question de Guy Debord, de William Burroughs et de littérature comme une arme. Séduit par l'humilité de King qui ne veut pas être un bon écrivain mais juste raconter de bonnes histoires, Fiat avait déjà”performé” sur ses textes au festival d'Avignon de 2007. Et à la suite de l'association des auteurs de romans policiers américains, il décerne à Stephen King le titre mérité de “great master “, tant son oeuvre porte en elle les stigmates d'une civilisation en crise.